La cité radieuse à Marseille

NOVBETON a participé à la restauration de l’une des constructions les plus emblématiques de l’architecte Le Corbusier : La cité radieuse ! Construite entre 1947 et 1952, cet édifice en béton armé nécessite depuis de fréquents travaux d’entretien. C’est dans ce cadre que nous avons été sollicités comme expert en 2010. Retour sur notre intervention dans la cité phocéenne…

Présentation de la cité radieuse

La Cité Radieuse est la première et la plus célèbre des Unités d’Habitation imaginées par Le Corbusier. Ce concept de village vertical, doté de tous les services d’une ville mais regroupé en un bâtiment, fut développé pour apporter une solution aux problèmes de logements d’après-guerre tout en transformant le mode d’habitat. Cette « Maison du Fada », surnommée ainsi de par l’innovation qu’elle représente pour l’époque, comporte entre autres des commerces, un hôtel, une maternelle, une piscine, un auditorium de plein air, en plus de ses 337 appartements.

D’un mode de construction novateur et résolument moderne, la Cité Radieuse est construite en béton armé, avec les connaissances du moment. Il en résulte que les méthodes de mise en œuvre de l’époque et le faible enrobage des armatures ont des conséquences sur l’état actuel du béton, qui nécessite régulièrement des travaux d’entretien.

Il faut savoir que l’une des principales faiblesses du béton est liée au phénomène de carbonatation. Cette réaction chimique entre des constituants du béton et le CO² présent dans l’air entraîne la baisse du pH du béton. En dessous d’une valeur seuil, les armatures vont se corroder et la formation de rouille va faire éclater le béton. Ce phénomène est d’autant plus significatif que l’enrobage des armatures est faible, comme c’est souvent le cas à cette époque.

Afin de protéger les armatures, on peut soit envisager de remonter le pH au-dessus de la valeur de protection des aciers par un traitement par réalcalinisation, soit rendre les armatures résistantes à la corrosion, ce qui est le rôle d’un traitement par inhibiteur de corrosion.

Après une phase d’études et de diagnostics, il a été décidé de traiter les trois cheminées et le petit théâtre par le procédé de réalcalinisation, et d’appliquer de l’inhibiteur de corrosion sur les formes libres, telles que les petites et grandes montagnes ainsi que les jardinières.

Les deux solutions que nous avons mises en œuvre présentent l’avantage de ne pas affecter l’aspect du béton, conservant ainsi le caractère authentique de ce monument historique.

Procédé de Réalcalinisation

La réalcalinisation est un procédé électrochimique, consistant à faire circuler un courant électrique dans le béton de manière à faire migrer des ions alcalins vers les armatures et de générer sur ces mêmes armatures des ions hydroxydes. Les deux actions combinées vont rehausser le pH du béton et former en surface des armatures un film passif de protection.

Après une purge des bétons non adhérents et la suppression de la rouille sur les aciers mis à nu, les armatures (cathodes) sont reliées entre elles par un câblage électrique. Sur la surface du parement, un treillis en titane (anode) est mis en place. Entre ces deux pôles va circuler le courant électrique.

Autour du treillis est alors projetée une pâte de cellulose, riche en ions alcalins, assurant le contact entre le treillis et le parement béton. Cette pâte est maintenue en humidité pendant tout le long du traitement, afin de permettre la bonne migration des ions alcalins vers le béton et la bonne circulation du courant électrique entre les deux pôles.

Le courant de traitement est justement imposé par un générateur reliant les armatures au treillis. Ce courant, de l’ordre de 1 A/m² d’acier est contrôlé quotidiennement pendant toute la durée de traitement du béton.

En fin de traitement, des carottages nous ont permis de vérifier la bonne efficacité du procédé. L’installation est alors déposée.

Inhibiteur de corrosion de type MFP appliqué par voie gel

Le traitement du béton par inhibiteur de corrosion consiste à faire migrer dans le béton du monofluorophosphate de sodium (MFP) jusqu’aux armatures, de manière à former sur l’acier des couches protectrices de phosphates ferriques insolubles et d’oxydes ferriques.

Ce traitement répond au double objectif de traiter les armatures corrodées, et de prévenir une future corrosion en traitant les fers encore sains au niveau des zones non purgées.

Après la même étape de purge des bétons non adhérents et de suppression de la rouille des aciers mis à nu, une solution de MFP liquide a été pulvérisée sur le béton, jusqu’à saturation. On pulvérise alors cette même solution mais sous forme de gel, de manière à former une couche d’environ 1,5 mm d’épaisseur. Cette couche de gel favorise la migration capillaire du MFP dans le béton. Ce gel est maintenu humide pendant plusieurs jours, le temps à la molécule de pénétrer dans le béton jusqu’aux armatures. En fin de traitement, le gel sèche. Il est alors enlevé par brossage et lavage à l’eau. Des prélèvements dans le béton en fin de traitement sont alors effectués pour valider l’efficacité de l’intervention.

Le coût pour cette remise en beauté a atteint les 210 000€ et le chantier s’est effectué sur une période de 10 mois. François Botton – Architecte en Chef des Monuments Historiques – est intervenu pour la Maîtrise d’œuvre et le Syndicat des Copropriétaires pour la maîtrise d’ouvrage.

2018-05-16T11:46:48+00:00